Débroussaillage

 

Ma jument Pétunia

Plus qu'un métier, une philosophie.

Sur les estives, les troupeaux à eux seuls, ne peuvent contenir l'avancée d'espèces végétales invasives qui réduisent et étouffent les prairies d'altitude.

La main de l'homme est complémentaire à la dent de l'animal.

Auparavant, des familles entières vivaient en montagne et l'entretenaient, la chérissaient comme leur bien le plus précieux. La terre, faisait pousser l'herbe, nourrissait les troupeaux, pour finalement nourrir femmes et hommes de la vallée.

Mais tout ceci a changé, seul un pâtre vit sur chaque estive qui se concentre sur la garde des troupeaux, en bas dans la vallée il n'y a presque plus de paysans.

Sans entretien, les estives de moyenne altitude sont vouées à une disparition quasi certaine ou à une réduction dramatique de la surface et de la qualité des prairies. De nombreux prés ont déjà disparus.

Dramatique, parce que ces montagnes ont une histoire. Tant d'efforts ont été fournis pour vivre dans ces montagnes, tant d'années ont été nécessaires pour donner vie à ces lieux. Bûcherons, charbonniers, porteurs de glace, muletiers, éleveurs, pâtres et tant d'autres.

   

Avant

Après

 

 

Mon activité consiste à nettoyer des zones isolées de montagnes pour faire en sorte qu'elles retrouvent leur aspect initial.

Ce sont des prairies qui se sont embroussaillées avec le temps : genévriers, genêts, pousses de bouleaux, de hêtres, de noisetiers, de résineux et de ronces.

Je possède une jument Mérens qui porte mes affaires jusqu'à la zone de travail. Des zones oscillant entre un et dix hectares.

J'effectue mon travail au printemps et à l' automne à l'aide d'une tronçonneuse. Je coupe, j'entasse et je brûle. Ainsi les troupeaux reviennent sur ces zones abandonnées ou mal pacagées pour en reprendre possession.

L'herbe respire mieux et pousse mieux, de nouveau attractives ces prairies sont alors fertilisées par le la présence des troupeaux et le cycle de la pousse de l'herbe reprend vie.

Je travaille pour des particuliers, des groupements pastoraux. Des sociétés de chasse qui désirent nettoyer certaines zones pour permettre aux coqs de bruyère de mieux se nourrir et de mieux se reproduire.

Ce peuvent aussi être des chantiers pour nettoyer des berges de ruisseaux, des chemins de randonnées.

Parfois il faut ouvrir un espace qui n'a pas de valeur pastorale mais qui mènera à un quartier intéressant délaissé à cause de son accès difficile et sale. Le nettoyage de parcelles sales peuvent être initiées pour des raisons multiples.

L'hiver, j'effectue également de l'élagage, abattage chez des particuliers.


 

Avant

Après

 


Des espaces montagnards qui se ferment c'est un danger pour le pastoralisme, pour des espèces sauvages fragiles, pour le tourisme et l'emploi dans les vallées.

Un espace ouvert et vivant n'est-il pas plus accueillant qu'un lieu délaissé par les hommes et fermé par les ronces ?

Il y a des espaces vierges magnifiques, mais nous ne sommes pas ici dans ce cas, notre environnement montagnard est un lieu de vie humaine, un lieu de travail, une richesse de notre culture.

Je suis fier d'allier pastoralisme et débroussaillage, je rends hommage à ceux qui ont façonné et donné vie à ces montagnes depuis des générations, dans des conditions si dures.

Seul là-haut, j'entends encore les coups de haches, les rires, les cris des anciens du village qui ont disparu.

A mon tour, moi aussi, je peine. Mais la récompense est si belle, si gratifiante. La force qui se dégage de ces lieux est magique.

Débroussailler pour ouvrir, pour embellir, pour redonner une dynamique.

Débroussailler pour maintenir un mode de vie agricole qui semble anachronique mais pourtant si avant-gardiste.

Débroussailler pour la beauté du geste.